lundi 11 avril 2011

Première cause d'abstention au Japon.

Savez-vous que les Japonais avaient eux aussi leurs élections cantonales ce week-end? (enfin préfectorales pour être précis; au Japon les préfets sont élus au suffrage universel direct). Si votre seule source d'information sur le Japon est la presse française, probablement pas. A part la radioactivité et les répliques sismiques, j'imagine que l'on y lit pas grand chose d'autre sur le Japon en ce moment.

Pour utiliser la formule consacrée lors de ce genre d'élections en France, "la grande gagnante, c'était l'abstention." Plus de 50% des électeurs ne se sont pas déplacés vers les urnes ce dimanche. A votre avis, quelle pouvait être la raison d'une telle abstention?

-La peur de sortir de chez soi à cause de la radioactivité?

-La sortie du nouveau film de Dany Boon?

Non, à mon avis si les Japonais ne sont pas allés voter ce dimanche, c'est surtout parce que....
dimanche était le jour de floraison maximale des cerisiers! Autant dire que dans un pays qui accorde une telle importance au passage des saisons, une petite élection ne pouvait même pas faire le poids...


A la gare de Shibuya.
L'étang Shinobazu, tout près de mon université.


 Pas de panique, il ne s'agit pas d'une fuite radioactive de Fukushima, mais d'un torrent de pétales de cérisier...


Voilà, sinon aujourd'hui il y a eu deux répliques sismiques assez importantes. Je sais pas comment ils en ont parlé dans la presse française, mais tout va bien donc pas de panique, hein.

dimanche 10 avril 2011

Shopping week : en vrac.

J'avais pas mal de choses à faire cette semaine en dehors des cours, donc du coup j'ai raté quelques cours pour ma shopping week. Pas grave, il me reste encore la semaine prochaine pour voir les autres cours qui m'intéressaient et me décider. Je vous présente quand même quelques autres cours auxquels j'ai assisté cette semaine :

- Introduction au droit public : C'est du droit public japonais, mais ça a l'air de ressembler quand même pas mal au droit public français. C'est une matière importante pour moi, et je vais en rebouffer beaucoup à mon retour en France; donc autant m'y remettre aussi dès maintenant ( comme pour le droit européen). Je ne connais strictement rien au droit japonais, mais je n'étais pas trop perdu lors de cette séance d'introduction. Le droit japonais a largement été élaboré sur le modèle de la France ou de l'Allemagne, ce qui fait que de nombreux concepts sont assez similaires. Après, reste à savoir si ce cours restera suffisamment conceptuel et dans la comparaison avec les autres pays, où si il va falloir que je me farcisse des tas d'articles ou d'arrêts issus du droit japonais. Parce que là ça risquerait de ne pas m'être très utile et d'être trop fastidieux ( pour parler gentiment) ...

-Politique contemporaine de la Chine : Celui-ci je pense que je vais le prendre. Après une introduction générale, le professeur a commencé fort en nous montrant un documentaire diffusé à la télévision japonaise, soutenant la thèse qu'il ne s'était rien passé à Tien An Men en 1989. Je suis curieux d'entendre ce que le professeur aura à nous dire là-dessus la semaine prochaine. Voilà un cours qui promet.

-La politique de la propriété intellectuelle : J'y ai assisté uniquement parce qu'il me fallait un autre cours après celui sur la Chine le vendredi. En fait le cours était très intéressant et facile à comprendre grâce à l'usage de power point. Et puis pour le coup c'est vraiment un sujet que je n'ai jamais étudié, c'est bien aussi de temps en temps de se lancer comme ça dans l'inconnu...

samedi 9 avril 2011

Voyage en Chine - partie 1.

Voici les premières images du voyage que j'ai effectué en Chine durant ce mois de mars.

Arrivée à Pékin le 25 février vers 22h30.

26 février, première journée dans Pékin.

Ce jour là, il a neigé! J'ai eu beaucoup de chance apparemment, c'était la première fois cet hiver. Mon hôtel étant situé tout près de la place Tian An Men, j'ai l'impression lors de ma première virée dans Pékin de me retrouver 50 ans en arrière. Les buildings, normalement visibles à l'horizon, sont complètement dissimulés par le brouillard. Tout ce qu'il m'est possible de voir, ce sont les symboles d'un communisme qui semble immaculé, complètement dénué de toute influence capitaliste.

La candeur des ouvriers et des agriculteurs déterminés, semblant prêts à se jeter corps et âme dans la révolution communiste.

Remarquez aussi les barrières qui entourent les statues,  vous avez les mêmes tout autour de la place Tian An Men. Impossible d'y entrer sans passer par un contrôle de sécurité. Sans doute une conséquence de l'incident ( manifestation?, révolte?, massacre?) de 1989...
Bon je vous l'accorde l'écran géant ne devait pas être là à l'époque de Mao... Au fond, le Parlement chinois.
Arrivée à l'entrée de la cité interdite, située de l'autre côté de la place Tian An Men.
A l'intérieur de la cité interdite, ancienne résidence de l'Empereur. La cité interdite a bien porté son nom pendant plusieurs siècles, mais depuis que les communistes ont pris le pouvoir c'est devenu portes ouvertes.


La machine à voyager dans le temps tourne toujours à plein régime. Me voici arrivé 500 ans en arrière.


L'après-midi, retrouvailles avec une amie chinoise rencontrée à Kyoto et visite dans certains des quartiers les plus animés de Pékin.

Changement de décor.... plus rien à voir avec ce que j'ai vu le matin.

Ah si, les traditions se préservent quand même un petit peu...

vendredi 8 avril 2011

Vu d'ici.

Un petit article pour répondre à la question de Fred sur la façon dont les médias ici abordent la crise nucléaire.
D'abord il y a un certain décalage entre les préoccupations des médias internationaux et les préoccupations ici. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il y a des manipulations de la part des médias, mais je pense que tout ce qui peut s'écrire sur Fukushima en Europe ou aux Etats-Unis est nécessairement orienté. Ca n'arrive pas tous les jours un incident nucléaire d'une telle ampleur, et comme on l'a bien vu en France, c'est une sacrée aubaine pour lancer un débat sur la nécessité de l'énergie atomique.

Après je pense qu'il y a aussi la nécessité d'exagérer les faits afin de tenir le public en haleine. Actuellement la situation à Fukushima n'évolue pas. Elle ne s'empire pas, mais elle ne s'améliore pas pour autant. Mais comme ce n'est pas très vendeur de dire ça, j'imagine que ça avait plus de gueule d'écrire en Une quelque chose comme  "Japon : le scénario du pire se confirme".

C'est une aberration d'écrire de telles choses. Ca évoque des images à la Tchernobyl, qui n'ont rien à voir avec ce qui est en train de se passer en ce moment au Japon. Ce que les Japonais ont compris très tôt, c'est que ce n'était pas l'apocalypse ou la mort subite qui les attendait, mais une crise qui allait se prolonger et avoir des conséquences durables. Les médias occidentaux ont quant à eux trop insisté sur la menace directe et largement fantasmée d'une méga-catastrophe nucléaire imminente.

Toutes les informations qui passent ces derniers temps à la télévision japonaise portent sur ces conséquences de la crise nucléaire sur le long terme. Le risque direct représenté par les émanations radioactives provenant de la centrale est abordé, mais ces derniers temps ce sont pluôt d'autres thèmes qui sont mis en avant. Les agriculteurs dont les récoltes sont fichues, les personnes évacuées de Fukushima qui recommencent une nouvelle vie à Tokyo; pour une durée indéterminée. Un autre problème qui est aussi assez souvent évoqué est celui du manque d'électricité. La situation semble pour l'instant pratiquement rétablie à Tokyo, mais beaucoup s'inquiètent de nouvelles pénuries à venir durant l'été. Avec les climatiseurs qui fonctionnent d'habitude à plein régime pendant cette période, l'approvisionnement en électricité risque de redevenir insuffisant. ( Je dis pas que tout ça c'est à cause de la clim hein, c'est juste le seul exemple qui m'est venu à l'esprit pour dire que la consommation va nécessairement augmenter et qu'il sera difficile de répondre à la demande.)

S'agit de désinformation ou de propagande, dont l'unique but serait de détourner l'attention de la population du problème des radiations? Je ne pense pas. Si vraiment il y a un risque majeur à ce niveau là, je ne pense pas que le gouvernement japonais soit en mesure de cacher quoi que ce soit. Bien sûr il ne faut pas minimiser le risque de la radioactivité, mais il ne faut pas non plus en faire tout un plat, en excluant complètement tous les autres aspects de cette crise sans précédent.

mardi 5 avril 2011

Reprise des cours.

Premier jour de cours à l'université de Tokyo. Toujours la même procédure que le semestre dernier : une semaine pour aller explorer librement les différents cours proposés ( la fameuse shopping week), avant de faire son choix final.

J'ai commencé ma journée shopping avec un cours dénommé "la décision en politique", qui se plaçait assez curieusement dans la lignée d'une conférence à laquelle j'ai assisté par hasard à Lille (merci Antoine) il y a dix jours, durant mon bref retour en France. Le cours est assez compliqué, mais le professeur a l'air vraiment intéressant. Aujourd'hui a entre autres été abordé le thème du rôle que les décideurs politiques doivent confier aux experts. Quelle est la marge de manoeuvre et le degré de responsabilité dans des décisions qui nécessitent une certaine expertise? Comment se fier à des experts qui sont nécessairement issus du milieu que les décideurs essayent de réglementer? Toutes ces questions prennent bien sûr une toute autre dimension, compte-tenu des évènements récents... Je suis bien tenté de prendre ce cours, mais je me laisse encore une semaine de répit ( ben ouais, faut bien voir les autres aussi...). Pour l'instant ce cours a l'air bien en prise avec l'actualité, mais j'ai peur que dans les séances suivantes ça ne parte trop dans des considérations abstraites, auxquelles je risque de ne rien comprendre.

Deuxième cours essayé : Droit de l'Union Européenne. Et pourquoi pas? C'est une matière très importante pour mes études, et je risque d'en avoir besoin à mon retour en France. Donc pourquoi pas se mettre à réviser dès maintenant? Ca peut sembler bizarre et à première vue inutile pour des Japonais d'étudier le droit européen, mais il paraît que cette matière est de plus en plus en vogue ici. Pas seulement parce que l'Europe est si exotique et que l'intégration européenne a crée un système juridique unique au monde, que tout bon geek du Droit se doit de connaître (si si, il y en a plein à Todai).  En fait il y a une raison bien plus pragmatique à ça: ces derniers temps de nombreuses entreprises japonaises ont essuyé de lourdes pertes ou sanctions pour ne pas s'être conformées au droit de la concurrence ou à d'autres normes régissant le fonctionnement du marché européen. Du coup, ces mêmes entreprises financeraient généreusement les universités afin d'obtenir la création de nouvelles chaires d'études européennes... Une belle façon de s'en sortir je trouve. Ben ouais qu'est-ce que vous croyez, ils perdent pas la face ces Japonais.

Il devait y avoir un troisième cours mais annulé, tant pis. Je vous laisse donc sur ces quelques photos du campus.



Tokyo un mois après.

Juste un article un peu désordonné pour vous faire part de mes premières impressions en retournant à Tokyo après un mois d'absence et quelques chamboulements.

Je suis parti de Roissy le 1er avril et passé par Moscou pour arriver à Tokyo le 2. L'avion Paris-Moscou était blindé, mais c'est vrai qu'il y avait déjà beaucoup moins de monde pour Moscou-Tokyo. Enfin l'avion était quand même à moitié plein, pour voir les choses du bon côté. Il y avait même pas mal d'étrangers.

Petit problème en arrivant à l'aéroport : les valises sont restés à Moscou. Il semblerait que les employés de l'aéroport se soient trompés entre heure d'hiver et heure d'été... Une semaine après, faut le faire quand même. Mais bon, ça ne me pose pas plus de problèmes que ça, j'ai largement de quoi vivre dans ma chambre à Tokyo, puisque je n'étais pas supposé retourner en France de manière aussi précipitée. En tout cas les bagages sont arrivés aujourd'hui chez moi. Donc rassurez-vous, on peut bien faire confiance aux Japonais.

Le long chemin en train de l'aéroport de Narita jusqu'à Tokyo s'est effectué sans encombre. Enfin si, juste une petite interruption de rien du tout, mais je suis sûr que je ne l'aurais même pas remarquée si l'annonce n'en avait pas été faite dans le train. L'électricité semble quasi-parfaitement rétablie à Tokyo, je n'ai pas eu de coupure de courant jusqu'ici. Officiellement, les mesures d'économie d'énergie sont toujours en vigueur, mais franchement je ne vois pas trop la différence avec le mois dernier. Il y a bien quelques distribiteurs automatiques qui sont hors-service par-ci par-là, mais là ça devient de l'ordre du détail.

Parmi les mesures d'économie d'électricité, il y en a bien une qui continue de marquer les esprits, mais je me demande si elle ne relève pas plus du symbole que d'une réelle nécessité. Shibuya, le quartier ultra-animé situé juste à côté de chez moi, n'est pas aussi turbulent que d'habitude. Ce n'est pas la foule qui manque, mais les écrans géants restent la plupart du temps éteints, n'affichant plus leurs spots publicitaires qui en temps normal font scintiller et résonner tout le quartier.

Pour ce qui est de l'alimentation, pas de problème majeur non-plus. Les magasins ont bien été réapprovisionnés depuis le séisme. Par contre il est parfois un peu difficile de trouver de l'eau minérale, l'annonce d'il y a quelques jours ayant causé une ruée sur les bouteilles. Normalement l'eau courante à Tokyo est redevenue normale, mais pour l'instant je préfère moi aussi boire au maximum de l'eau en minérale.

Chacun continue donc de prendre ses précautions, mais ce qui est sûr c'est que les gens ici semblent de moins en moins angoissés vis à vis de la centrale.

lundi 4 avril 2011

Retour au Japon.

Je pense que la plupart des lecteurs de ce blog sont déjà au courant, mais je suis de retour à Tokyo depuis hier.

Je sais que la situation à la centrale de Fukushima est toujours décrite de façon alarmante en France, mais aussi impossible que cela puisse paraître,  la vie reprend bel et bien son cours ici, à Tokyo. Bien sûr, être ici n'est pas sans risque, j'en suis bien conscient et je reste vigilent. Si les choses venaient à se dégrader de manière trop importante, je suis prêt à repartir d'un instant à l'autre. Mais j'estime qu'il est encore trop tôt pour faire la décision de quitter le Japon dès maintenant. Si je souhaite vraiment reprendre ma vie à Tokyo, c'est maintenant que tout se décide. Dans deux semaines ou même un mois il sera trop tard.

C'est essentiellement une tragédie humaine qui se vit ici, avec les macabres conséquences du séisme et du tsunami. Mais à l'étranger, c'est la seule question du nucléaire qui a été retenue, pour être transformée en une bataille entre ses partisans et ses opposants. Donc n'oubliez pas que tous les articles que vous pouvez lire à propos de Fukushima auront bien souvent une visée politique. Ce qui veut dire que certains n'hésitent pas à assombrir le tableau au maximum, si cela peut servir leurs intentions.

De même, je sais qu'il n'est pas bon de se voiler la face pour vivre dans un faux sentiment de sécurité, mais pour l'instant je vous assure que la situation à Tokyo n'est pas aussi apocalyptique que certains peuvent vous la présenter. Les Japonais vivent une épreuve difficile, et ce n'est pas en cédant à la paranoïa face à leurs problèmes actuels que l'on peut les aider à se rétablir en quoi que ce soit. Même si officiellement tout le monde compatit avec le malheur des Japonais, on voit de plus en plus s'installer l'image du Japon ( et de tout ce qui peut être de près ou de loin japonais d'ailleurs) comme un pays pestiféré, à éviter de toute urgence.

Cela fait six ans que j'apprends le japonais, et j'en ai passé environ deux dans le pays-même. Ca peut paraître dérisoire à l'échelle d'une vie, mais c'est amplement suffisant pour développer un réel attachement. Si je quitte le Japon alors que ce pays est en train de vivre l'un des moments les plus difficiles de son histoire, qu'il est non seulement meurtri mais aussi de plus en plus isolé et déconsidéré dans le monde, alors c'est comme une partie de moi-même qui s'en va.

Bien sûr, je suis comme vous inquiet à propos de la centrale de Fukushima, mais je peux vous assurer que dans ma tête ça va beaucoup mieux que quand j'étais à Ribemont à me torturer l'esprit. Ici je sais ce que je dois faire. Si on veut aider il y a de quoi faire, et on contribue déjà beaucoup au rétablissement du Japon en ne cédant pas à la panique et en reprenant simplement une vie normale.

Je vous tiendrai régulièrement au courant de ma vie à Tokyo par le biais de ce blog. Merci à tous ceux qui se sont inquiétés pour moi. J'espère que vous comprendrez ma décision et que je ne vous causerai pas trop de soucis supplémentaires. Mais dites vous bien que le Japon n'est pas mort et que la vie continue bel et bien pour tous ceux qui sont là-bas. Pensez aussi à lire l'actualité avec beaucoup de recul et de discernement, à acheter Toshiba, Sony, Nintendo ou Toyota, et à aller manger japonais au moins une fois par semaine.

A bientôt sur ce blog,

Lucas